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Le Museo Soumaya Dissimule Un Secret

La structure de style libre, invisible maintenant, a fait de sa façade unique une réalité

Par Denise Allen Zwicker

Le nouveau Museo Soumaya à Mexico a été décrit comme «éblouissant», «trapèze en mouvement», «structure brillante en argent semblable à un nuage qui rappelle une sculpture de Rodin, » et «  musée le plus flashy du monde ». Conçu par le jeune architecte anticonformiste Fernando Romero, il a également été baptisé « impossible à bâtir ». La façade, en particulier, a présenté d'énormes défis.

S’il y avait eu quelqu'un pour en faire une réalité, ça n’aurait été personne d’autre que le propriétaire Carlos Slim Helu, l'homme le plus riche du monde. Slim a construit le musée de 2008 à 2011 comme faisant partie de la Plaza Carso, son distinctif multi-usages à Polanco de Mexico. Slim a noté que, étant donné le fait que nombre de Mexicains ne peuvent pas se permettre de voyager à l'étranger pour visiter des collections d'art, il a estimé qu'il était important d’abriter au Mexique une prestigieuse collection d'art international. Gratuitement ouvert au public, le Soumaya abrite plus de 60.000 œuvres d'art sur six étages qu’offrent  6.000 mètres carrés d'espace d'exposition. Le jardin de sculpture au dernier étage, dominé par un puits de lumière spectaculaire, présente de nombreux Rodins. Le Museo Soumaya, du nom de la défunte épouse de Slim, contient abrite un auditorium de 350 places, une bibliothèque publique, une boutique de souvenirs et un café.

Musée Somaya du Mexique

Chacun des plans d'étage du musée est distinct dans sa forme, et le poids du bâtiment est soutenu par un squelette de 28 colonnes verticales incurvées en acier et sept dalles de plancher qui délimitent la forme lunatique. Le complexe, la façade de "impossible à bâtir" se compose 16000 hexagones  brillants en aluminium qui semblent «flotter» sur sa surface, séparés seulement par quelques millimètres les uns des autres.

«l’impossible » doit dans ce cas, se faire petit

Fernando Romero a retenu l’entreprise Gehry Technologies (GT), fondée par le célèbre architecte Frank Gehry, pour coordonner la complexité  d'ingénierie 3-D de l'édifice. L'entreprise est connue pour son logiciel Digital Project ™, une puissante suite qui combine à la fois des outils de modélisation des données de bâtiments et de gestion. « Ce logiciel permet aux ingénieurs la visualisation de tous les aspects de la construction dans un modèle tridimensionnel, y compris la prévention des conflits et permet d’appliquer des modifications en temps réel», a déclaré Roel Castaño, vice-président Geometrica. « Son utilisation autorise la conception d’une structure aussi arbitraire que celle-ci qui doit être combinée aux travaux de base détaillés de la conception, des cubes d’ascenseur, de électricité, de hydraulique, de l'éclairage et même des finitions ». Grâce à son logiciel, GT a effectué la plupart des vérifications d’ingénierie demandées par Romero. Et même pour GT, la façade a été un défi de taille.

« GT, avec son modèle virtuel, a démontré qu'il était possible de visualiser les hexagones dans la bonne position », a noté Castaño. « Toutefois, il n'est pas toujours évident de savoir comment transformer les graphiques en construction réelle ». L'orientation de la surface et de la courbure varie à chaque point, parfois peu, ce qui complique la conception de la façade. Ce constat ainsi que d'autres difficultés ont entrainé la nécessité d’une seconde structure –basée sur des exigences apparemment impossibles:

  • S'adapter à la vraie forme de la construction sans modifier de manière significative le modèle spatial créé par Gehry Technologies.
  • Modeler à la fois les murs extérieurs et intérieurs du musée, lesquels ne devraient pas être à plus de quelques millimètres des surfaces de la colonne.
  • Effacer toutes les irrégularités de la surface afin qu’elle demeure lisse de manière continue du sol au toit ainsi que tout autour de l'enveloppe entière du bâtiment. 
  • Définir avec précision la position et l'orientation de chacun des milliers de pièces hexagonales différentes.
  • S'adapter à des variations de forme structurelle en raison des généreuses tolérances en  construction de l'acier et du béton pour les superstructures.
  • Concevoir, fabriquer et ériger suivant une procédure accélérée, à courte échéance, en même temps que la construction du reste de l'édifice.

Geometrica propose une structure de style libre

Au début de l’année 2010, deux ans s’étaient déjà écoulés sur le calendrier de construction initialement prévu pour trois ans et l'équipe Romero et Gehry était toujours à la recherche d'une solution. Parmi toutes les réponses aux requêtes de proposition, se trouvait celle de Geometrica de Houston, qui a apportait réponse à chacune des exigences «impossibles». Elle fut sélectionnée pour l’étude en Février 2010.

Somaya Design Interface

Geometrica utilisa son propre logiciel personnalisé pour la conception de la façade de 10.000 m2. Pour adapter la structure secondaire à la forme réelle de la structure primaire, Geometrica utilisa la topographie laser pour alimenter la forme réelle du modèle structurel réticulaire, permettant à ses ingénieurs de ne modifier la géométrie de GT que dans les emplacements nécessaires. Cette topographie et la conception associée se déroulèrent en cinq étapes progressives, en tandem avec le processus principal de construction. Les composantes structurelles pour chaque étape ne furent fabriquées qu’après que les adaptations aient été introduites dans le logiciel de Geometrica, qui ensuite introduisit les ordres finaux de travail dans sa chaîne de fabrication.

Le respect du délai de construction était un autre grave sujet de préoccupation  et exigeait une logistique sophistiquée. Chacune des cinq étapes exigeait une expertise indépendante et détaillée, non seulement pour la fabrication mais aussi pour la séquence de montage, organisée en coordination avec d'autres corps de métiers oeuvrant dans le domaine du bâtiment. Un autre facteur de complication est que la structure secondaire devait être installée sans support sur le terrain, mais par arrimage à  la structure principale. L’installation de près de 100.000 pièces de tubes distincts eut lieu à l'aide des équipes locales non qualifiés travaillant dans le domaine du bâtiment - et jour et nuit.

Geometrica produisit 16 000 panneaux en acier galvanisé, en forme de losanges, pour façonner la plate-forme de la façade. Une membrane d'étanchéité en deux couches fut appliquée sur le dessus de ces losanges. Les connecteurs de structure fournirent des supports servant de raccords sur lesquels  les 16000 hexagones  en aluminium se rattacheraient à leurs centres, offrant le look souhaité par Romero, celui du  regard « flottant » par-dessus l'enveloppe du bâtiment.

Le secret est à l’extérieur…et « à l’intérieur »

Le résultat était extraordinaire. Chaque élément s'intégra comme prévu sur l'écran de l'ordinateur. Aujourd'hui, les éléments galvanisés du musée brillent, en accentuent sa forme ludique. La précision de la façade offre à la surface une apparence de lacet serré, occultant les 28 colonnes de soutien. Sur le bâtiment fini, le beau secret, la structure secondaire, ne peut pas être considérée sous les hexagones ; elle sacrifie sa personnalité pour atteindre l'objectif architectural de Romero. « L'équipe Geometrica a démontré ses capacités en d'ingénierie sur l'enveloppe-façade du complexe et a ouvert la voie aux solutions architecturales innovantes», a déclaré l'architecte.

Un article du Wall Street Journal décrit le résultat de cette façon: "Enfermé dans de l'aluminium scintillant, le bâtiment s'élève à 150 pieds avant de déployer ses auvents tel un champignon hors-norme imaginé par Magritte. La façade est un nid d'abeilles d'hexagones en argent brillant. La structure est de niveau élevé, presque menaçante de se renverser dans cette ville des tremblements de terre. Les passants la regardent en soulevant le tête,  mi-curieux, mi- préoccupés ».

Les passants ne peuvent peut-être pas apprécier la technologie paradigmatique et stupéfiant qui a fait de ce bâtiment une réalité. Cependant, cette structure «secrète» permettra aux architectes du monde entier de jouer avec les formes, lesquelles formes semblaient impossibles au départ. Aujourd'hui, Museo Soumaya est une réalité et le secret est. . . en réalité. . . à l’intérieur.


 

Musée Sumaya Dome